La responsabilité
médicale... quelques points
Geoffroy
Guilbault, avocat, Spiegel Sohmer, Montréal
Personne n'est parfait, même le médecin. Bien
que le Canada ait l' un des meilleurs systèmes de santé
au monde, il arrive que des médecins fassent des erreurs
qui ont des conséquences importantes sur la vie de
leurs patients. Pendant de nombreuses années, les tribunaux
québécois ont été plutôt
réticents à compenser les victimes d'erreurs
médicales.
De nos jours, il est possible, avec un dossier bien monté,
d'obtenir compensation pour les dommages causés par
un professionnel de la santé. La victime de l'erreur
médicale doit démontrer à un juge qu'elle
a été victime d'une faute, qu'elle a subi des
dommages et qu'il y a un lien entre la faute et les dommages.
La faute
Il y a bien sûr des cas flagrants: le chirurgien qui
oublie un instrument dans la poitrine du patient ou qui enlève
le mauvais organe. Dans la réalité cependant,
il y a beaucoup plus de causes où l'erreur est moins
évidente.
Dans ces cas, il faut avoir recours à des experts
qui comparent ce que le professionnel de la santé a
fait avec ce qu'il aurait dû faire. Il est parfois difficile
et coûteux de trouver un médecin expert pour
témoigner contre un confrère, cependant, sans
cet outil, il est impossible de gagner une cause.
Les dommages
Au Québec, les tribunaux compensent toutes les pertes
que la victime a subies et qui sont directement liées
avec la faute du médecin. Il peut s'agir de pertes
de salaire, de frais de traitement, de médicaments,
de coûts de prothèse, etc... La victime est parfois
aussi compensée pour la perte d'un membre ou d'un organe.
Elle peut, dans certaines occasions, recevoir certaines sommes
pour compenser des troubles psychologiques. Enfin, des dommages
sont souvent accordés pour les troubles et inconvénients
subis par la victime ou sa famille.
On doit cependant se rappeler que le Québec n'est
pas les États-Unis. On voit parfois à la télévision
américaine des reportages qui font mention de jugements
pour plusieurs millions de dollars contre des médecins.
Ces jugements ont un caractère punitif qui ne
fait pas partie de notre droit. On doit toutefois garder à
l'esprit que des dommages de plusieurs centaines de milliers
de dollars pourront être octroyés au Québec
dans des dossiers d'importance.
La causalité
Pour obtenir gain de cause contre un professionnel de la
santé, il faut non seulement prouver une faute et un
dommage mais aussi la causalité - un lien -
entre la faute et le dommage.
Le cardiologue qui commet une faute en opérant un
patient ayant une condition cardiaque importante, ne pourra
pas être tenu responsable que de l'aggravation des dommages.
Si avec l'opération fautive, le patient se retrouve
avec une incapacité de 40% et que sans la faute du
médecin l'incapacité aurait été
de 25%, le professionnel sera tenu responsable de la différence,
soit de l'incapacité de 15%.
Les coûts d'une poursuite
Les poursuites contre les professionnels de la santé
doivent être bien appuyées pour réussir.
Il n'est pas rare de devoir avoir recours à plusieurs
experts, médecins, comptables ou autres, qui doivent
produire de coûteux rapports. Cependant, une bonne partie
de ces frais peut être remboursée par le médecin,
si la victime gagne sa cause.
Au niveau des frais d'avocats, certains arrangements peuvent
être négociés. Certains avocats préféreront
être payés à l'heure, alors que d'autres
accepteront de se faire payer par un pourcentage du montant
de la condamnation.
Les délais
La victime doit intenter son action dans un délai
maximum de trois ans du moment où elle peut
réaliser avoir été victime d'une erreur.
Une fois la poursuite déposée, toute une série
de procédures doit être suivie et des interrogatoires
peuvent aussi avoir lieu. Quand toutes ces étapes sont
terminées, on peut demander une date de procès.
Il faut compter un délai d'environ trois à cinq
ans entre le début du
processus et un jugement. Une seule consolation, le montant
de la condamnation porte intérêts pendant toute
cette période.
Conclusion
Le domaine de la responsabilité médicale est
un champ très spécialisé. Il exige une
bonne maîtrise des concepts très particuliers
du droit et de la médecine. Quelqu. un qui entend prendre
un recours devrait choisir des professionnels qui connaissent
bien ce domaine.
À jour au 25 octobre 2010
Avis. L'information présentée ici est de nature
générale et est mise à votre disposition
sans garantie aucune notamment au niveau de son exactitude
ou de sa caducité. Cette information ne doit pas être
interprétée comme constituant des conseils juridiques.
Si vous avez besoin de conseils juridiques particuliers, vous
devriez consulter un avocat.
© Copyright 1999-
, Geoffroy Guilbault, Tous droits réservés
|