Les méthodes alternatives
de règlement des conflits juridiques
Yves
Le May, avocat, Le
May & associés, avocats, SENC, Québec
Contenu
Note au lecteur
Introduction
Prévention
Solution
Conclusion
Note au lecteur
Le présent texte fut rédigé pour l'entrepreneur
mais plusieurs de ses principes sont parfaitement applicables
pour le règlement de conflits de nature autre que commerciale.
Introduction
Au cours de son existence, toute entreprise rencontre l'un
ou plusieurs des problèmes suivants : la définition
claire des responsabilités entre les associés
d'une nouvelle entreprise pour prévenir les conflits
et les solutionner dans l'avenir, la négociation d'un
contrat équitable avec les principaux fournisseurs
ou clients, ou encore un perpétuel conflit entre associés,
ou un litige avec un concurrent. Vous préféreriez
alors ne pas étaler votre différend sur la place
publique, ou bien les délais plus ou moins longs et
les coûts imprévisibles des procédures
judiciaires ne vous sourient guère : ce que vous désirez,
c'est une solution d'affaires rapide et conforme aux usages
commerciaux sans compromettre vos relations d'affaires avec
l'autre partie. La solution réside dans l'utilisation
des M.A.R.C.
Ce sont toutes les Méthodes Alternatives
discrètes, rapides et efficaces de prévention
ou de Règlement des Conflits
juridiques. De la prévention des litiges jusqu'à
leur solution, de la méthode la plus flexible et moins
formaliste à la plus formaliste et moins flexible,
on les retrouve autant comme moyen de prévention que
comme moyen de solution des litiges.
Quand et comment y recourir ? Lorsque les parties sont d.
accord, on peut en tout temps et par simple convention recourir
à l. une ou l. autre M.A.R.C. et cela même lorsque
des procédures judiciaires ont été entamées.
Il est cependant préférable d. intervenir le
plus tôt possible et même de prévoir dans
tout contrat ou convention le recours graduel à ces
méthodes, en commençant par exemple par la médiation
et en prévoyant l. arbitrage en cas d. échec.
Les méthodes de prévention quant à elles
doivent être utilisées avant la signature du
contrat, de la convention ou le début des procédures
judiciaires. Examinons maintenant les méthodes préventives
et curatives.
Prévention
Accompagnement ou partnering
: On utilise cette M.A.R.C. dès l'origine d'un projet,
d'une entreprise, d'une coentreprise ou d'une relation d'affaires.
Dans ces cas, les parties ont des objectifs communs : elles
vont développer, à l'aide d'un tiers impartial,
des connaissances sur les techniques de prévention
des conflits et de négociation raisonnée pour
éliminer les conflits avant leur survenance. C'est
une façon innovatrice de mieux utiliser toutes les
ressources et de contrôler les coûts tout en étant
efficient et efficace.
Un bon exemple serait le départ en affaires de quelques
personnes sans expérience : un tiers non impliqué
pourrait les aider à établir leurs règles
de fonctionnement interne.
Facilitation : Dans les
situations ou plusieurs intérêts plus ou moins
convergents peuvent s'affronter ou causer des pertes d'énergie
ou de temps, un tiers impartial peut agir comme meneur d'assemblée.
Cette intervention facilitera les débats et permettra
à tous et chacun de faire valoir son point de vue.
Ce rôle de facilitateur se révélera très
utile lors d'une assemblée générale constituante,
d'une assemblée de constitution ou d'une assemblée
contestée.
Négociation raisonnée
: C'est une négociation établie sur la bonne
foi dans l'ouverture à la communication et la volonté
d'arriver à un accord acceptable pour les deux parties
tout en tenant compte des valeurs, des moyens et des objectifs
de chacun. C'est tout à fait différent d'une
négociation de force dans laquelle les parties sont
en situation de confrontation constante. Les relations de
travail évoluent de plus en plus vers cette forme de
négociation et c'est le vrai modèle pour tisser
des relations durables en affaires.
Conseil neutre : Dans ce cas,
un tiers impartial, possédant une certaine expertise
dans le type de projet ou de relations entre les parties,
agit comme conseiller tout au long du projet et fait des recommandations
pour solutionner les différends qui surviendront pendant
la réalisation du projet. Les parties ne sont pas tenues
de suivre ces conseils ou recommandations : en cas d'impasse,
le tiers impartial peut faire rapport sur les faits litigieux
et faire des recommandations qui ne lient pas les parties.
Cette méthode est très utile lorsqu'une décision
doit être prise et que les décideurs, trop partagés,
ne peuvent faire l'unanimité ou réunir une majorité
confortable. Cette méthode est beaucoup utilisée
dans les grands chantiers de construction ou les coentreprises.
Solution
Conciliation : Le conciliateur
assiste principalement les parties à communiquer directement
dans la recherche de solutions acceptables. C'est un processus
qui se rapproche beaucoup de la médiation mais le conciliateur
y joue normalement un rôle plus passif. En droit du
travail, le conciliateur fera des recommandations en cas d'échec,
ce qui ne se produit pas en médiation d'affaires.
Médiation :
Processus par lequel le médiateur, plus ou moins directif
mais sans aucun pouvoir décisionnel, a pour rôle
d'amener les parties à communiquer efficacement, à
exprimer leurs besoins et à trouver la solution
harmonieuse pour elles. La conciliation comme la médiation
sont les solutions idéales pour régler
un différend entre parties qui veulent trouver
une solution et continuer à travailler ensemble ou
éviter de dilapider l'entreprise comme dans les cas
de conflits perpétuels entre partenaires.
Médiation/arbitrage
: Méthode débutant par la médiation mais
avec entente sur une durée limitée dans le temps
ou sur sa transformation en arbitrage en cas d'échec.
Le médiateur peut se transformer en arbitre, ou bien
un autre arbitre qui est choisi par les parties.
Mini-procès
: C'est la constitution volontaire d'un comité d'examinateurs
formé d'un dirigeant non impliqué personnellement
de chacune des parties et d'un tiers impartial. On utilise
cette méthode dans les cas complexes de faits et de
droit et l'audition est plus expéditive que devant
les tribunaux de droit commun : les parties doivent prioriser
leur preuve et ne faire entendre que les témoins ou
experts vraiment essentiels. Après cette audition,
le tiers impartial devient en pratique un médiateur
qui ira jusqu'à suggérer des solutions. Un exemple
: deux entreprises s'accusent de concurrence déloyale
et veulent une véritable solution ou une solution qui
ne sera pas étalée sur la place publique.
Arbitrage non exécutoire
: L'arbitre entend les parties et rend une décision
en fonction du contrat et du droit, mais cette décision
n'est pas exécutoire. Toutefois, cette décision
est très souvent respectée comme telle ou elle
devient la base d'un règlement.
Arbitrage final : C'est l'arbitrage
pur et simple : la décision de l'arbitre est finale
et sans appel, qu'elle soit en droit ou que l'arbitre
ait agi comme amiable compositeur (équité).
Les parties peuvent obtenir l'exécution de cette décision.
Conclusion
Toutes ces méthodes sont éprouvées et
sont taillées sur mesure pour chaque niveau de confrontation
ou de volonté de résultat. Ce ne sont pas des
spécialités bien que l'on dénote une
préférence marquée chez certains juristes
pour les méthodes de rapprochement des parties, de
l'accompagnement à la médiation, tandis que
d'autres préféreront être l'arbitre ou
le juge.
Les M.A.R.C. sont le fruit de longues réflexions et
de l'évolution vers la déjudiciarisation des
conflits, un phénomène mondial mais aussi un
sujet de grandes préoccupations chez nos voisins du
sud. Au Québec plusieurs de ces méthodes sont
connues et utilisées depuis fort longtemps en droit
du travail. Elles sont maintenant utilisées quotidiennement
en droit matrimonial et de plus en plus en droit des affaires.
Les M.A.R.C. ont aussi leurs limites : les questions d'ordre
public ou les questions intéressant les tiers doivent
être décidées par les tribunaux de droit
commun et certaines parties exigent une décision publique.
De plus, si elles sont moins coûteuses et plus rapides
que les tribunaux tout en permettant des solutions adaptées,
les méthodes alternatives de règlement des conflits
sont plus exigeantes en termes d'implication des parties.
Dernière mise à jour au
20 mai 2009
Avis
: L'information présentée ci-dessus est de nature générale
et est mise à votre disposition sans garantie aucune notamment
au niveau de son exactitude ou de sa caducité. Cette information
ne doit pas être interprétée comme constituant un ou des conseils
ou avis juridiques. Si vous avez besoin de conseils juridiques
particuliers, veuillez consulter un avocat ou un notaire.
© Copyright 1998-
, Yves Le May, Tous droits réservés
|