L'intervention des grands-parents dans
le cadre des procédures devant la Chambre de la jeunesse
Me Luc Trudeau,
avocat, Trudeau Lamaute, Montréal
Quoi faire lorsqu’un grand-parent se rend compte
que sa petite-fille ou son petit-fils fera l’objet d’une décision
prochaine de placement ou de continuité de placement en famille
d’accueil, alors que le grand-parent pourrait éventuellement
se voir confier sa petite-fille ou son petit-fils ou que le
grand-parent aimerait se voir accorder des accès à sa descendance?
Souvent les praticiens du droit se voient consulter
par des grands-parents inquiets qui désirent agir devant une
telle situation de placement mais, malheureusement, ne peuvent
donner d’autres informations en regard des dites procédures
judiciaires, étant donné la grande confidentialité édictée
par la loi en matière de protection de la jeunesse.
Tout d’abord les grands-parents doivent être
informés qu’ils ont certains droits en regard de leur petite-fille
ou de leur petit-fils, qui peuvent être reconnus par la Cour
du Québec, Chambre de la jeunesse, pourvu que conformes aux
prescriptions de la loi sur la protection de la jeunesse.
En effet l’article 81 de la loi sur la protection
de la jeunesse avec ses nouvelles dispositions sur le statut
de partie prévoit que le tribunal peut, pour les besoins de
l’enquête et de l’audition, accorder le statut de partie à
toutes autres personnes que l’enfant, ses parents, le directeur
de la protection de la jeunesse, et ce, lorsque ledit tribunal
le jugera opportun dans l’intérêt de l’enfant.
C’est donc dire qu’après la présentation d’une
requête en intervention sous l’égide de l’article 81 L.p.j.
le tribunal pourrait reconnaître un grand-parent partie au
dossier de sa petite-fille ou de son petit-fils. Ainsi le
grand-parent pourrait intervenir tout au long de l’audition
au même titre que le parent de l’enfant concerné par lesdites
procédures et ainsi éclairer le tribunal par la preuve qu’il
entendra faire devant la Chambre de la jeunesse et également
faire les demandes appropriées en regard de l’intérêt de sa
petite-fille ou de son petit-fils. Voire même demander au
tribunal que l’on puisse lui confier l’enfant ou faire déterminer
les liens futurs avec ce dernier.
Par ailleurs, le grand-parent qui ne peut se
faire reconnaître partie en vertu des dispositions de l’article
81 L.p.j. pourra demander au tribunal de se faire entendre
comme «personne intéressée» s’il dispose d’informations susceptibles
de renseigner le tribunal dans l’intérêt de l’enfant et dès
lors si le tribunal autorise ce témoignage, le grand-parent
pourra alors se faire assister d’un avocat si telle est sa
volonté. Évidemment, l’on aura compris que le grand-parent
ne pourra pas en vertu de cette disposition prendre connaissance
du dossier de l’enfant, ni interroger, ni contre-interroger,
ni faire entendre de témoins. Bien sûr, il ne pourra pas prendre
connaissance du jugement qui sera rendu en regard de sa petite-fille
ou de son petit-fils.
Le grand-parent aura donc, en fonction de la
nature de son intervention devant le tribunal, l’opportunité
de témoigner sur certains faits entourant l’enfant concerné
par les procédures, sans plus. Il pourra alors tenter de faire
certaines demandes à la Cour en regard de la situation de
sa petite-fille ou de son petit-fils, et ce, bien sûr, s’il
n’y a pas objection des parties au dossier ou, à défaut, il
devra faire trancher telle objection.
Il faut dire par ailleurs que les nouvelles
dispositions de la loi sur la protection de la jeunesse, applicables
depuis le 9 juillet 2007, font en sorte que les grands-parents
devraient avoir, selon nous et plusieurs de nos collègues,
une écoute attentive par le tribunal, et ce, plus principalement
en regard des articles 4, 81 et 91 L.p.j. Mais ceci fera l’objet
d’un prochain écrit de notre part.
Le soussigné espère sincèrement que ces quelques
lignes feront en sorte de mieux situer les grands-parents
qui pourraient être concernés en regard d’une possible implication
dans le processus judiciaire devant la Chambre de la jeunesse;
processus qui recherche le meilleur intérêt de l’enfant.
Dernière mise à jour : 22 février 2011
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