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L'absentéisme
au travail : une fatalité ?
Philippe Asselin, avocat, Morency,
société d'avocats, Québec
Marjolaine Paré, avocate, Morency,
société d'avocats, Québec
Quel employeur n'a jamais eu un salarié qui
arrive en retard le matin, qui prolonge ses congés de fin
de semaine en prétendant avoir mal au ventre le lundi matin,
ou encore, qui s'éclipse systématiquement 15 minutes avant
la fin de son quart de travail ? L'absentéisme chez le salarié
peut devenir un véritable problème pour l'employeur. À plus
forte raison lorsque le rendement du salarié ou celui de l'entreprise
est affecté, lorsqu'il est récurant, lorsque les absences
sont plus fréquentes que la moyenne des autres employés ou
lorsqu'aucune justification n'est donnée. Mais, s'il est vrai
que l'employeur est en droit d'exiger une prestation régulière
de travail, l'employé, pour sa part, a droit au respect de
sa vie privée. Un équilibre entre le droit de l'employeur
de contrôler les absences de ses salariés (droit de gérance)
et celui du salarié de conserver une sphère de sa vie privée
confidentielle devrait donc être recherché.
AVEC OU SANS JUSTIFICATION ?
Avant de combattre l'absentéisme, il convient de le définir.
En effet, l'absentéisme peut être fautif ou non fautif. Il
y a là une importante distinction à faire puisque l'absentéisme
fautif, c'est-à-dire sans justification, devrait entraîner
l'imposition de mesures disciplinaires, alors que l'absentéisme
non fautif devrait plutôt commander l'imposition de sanctions
de nature administrative. Les deux formes d'absentéisme peuvent
conduire à un congédiement, mais ne répondent pas aux mêmes
critères. L'analyse d'une absence débute toujours de la même
manière : il faut vérifier si le salarié a avisé aussitôt
que possible l'employeur de son absence et des motifs de celle-ci.
Ensuite, il faut vérifier si le salarié s'est absenté pour
un motif protégé par la Loi sur les normes du travail,
comme par exemple pour des raisons familiales ou parentales.
ENCORE DE LA DISCIPLINE !
Comme tout problème disciplinaire, l'absentéisme fautif obéit
aux règles de la gradation des sanctions. Ainsi, avant que
les absences d'un salarié puissent constituer un motif de
congédiement, encore doit-il y avoir une preuve documentaire
à son dossier, Seront pris en compte : la fréquence et la
répartition de ses absences, les avertissements donnés, les
moyens pris afin de faire diminuer l'absentéisme ou afin de
le sanctionner, les demandes de certificats médicaux et les
motifs donnés par le salarié pour justifier ses absences ;
à plus forte raison si ceux-ci semblent farfelus !
MIEUX VAUT PREVENIR QUE GUÉRIR !
L'employeur aurait également tout avantage à se doter d'une
politique claire concernant les absences. La raison est fort
simple : l'adoption d'une politique de gestion des absences
permet de justifier l'application d'une sanction drastique
dont l'évaluation serait autrement laissée à la discrétion
des décideurs. Cette politique peut prévoir, entre autres,
que le défaut d'aviser l'employeur de son absence constitue
en soi un motif de sanction, ou que toute absence répétée
pour cause de maladie doit être justifiée par un certificat
médical. Cela ne sera pas fait en vain, car pour évaluer la
justesse de la sanction choisie par l'employeur, les décideurs
appliquent généralement certains critères développés par la
jurisprudence tels que : le degré de faute et le préjudice
causé à l'employeur, l'ancienneté du salarié, le niveau de
confiance et d'autonomie du poste occupé, le dossier disciplinaire,
la tolérance de l'employeur, la suffisance des avertissements,
les moyens proposés pour corriger le problème et le comportement
du salarié après le manquement.
ÊTRE MALADE, C'EST MOCHE MAIS ÇA ARRIVE !
Dans le cas de l'absentéisme non fautif, soit lorsque l'absence
du salarié est imputable à une lésion professionnelle, un
accident du travail ou une autre maladie, la Loi sur les
normes du travail prévoit que les conséquences de la maladie
ou de l'accident, de même que le caractère répétitif des absences,
peuvent constituer une cause juste et suffisante de suspension
ou de congédiement du salarié. Cependant, une mise en garde
s'impose. Bien que la Loi sur les normes du travail
prévoit un délai d'au plus 26 semaines dans lequel l'employeur
ne peut exercer de mesures à l'encontre du salarié, le fait
que ce délai soit écoulé ne met pas automatiquement fin à
l'obligation d'accommodement de l'employeur, concept qui a
fait couler beaucoup d'encre au cours des dernières années.
CONCLUSION
Pour certains employeurs, l'absentéisme au travail peut
constituer une certaine fatalité. Cependant, tout n'est pas
perdu. L'adoption d'une politique claire définissant les obligations
des salariés et précisant les exigences de l'employeur relativement
aux absences au travail pourra influencer le cours des choses.
Une intervention de l'employeur dès les premiers manquements
évitera bien souvent la répétition des absences et évitera
l'effet d'entrainement sur les autres employés. Évidemment,
certaines absences peuvent être justifiées, d'où l'importance
de définir certains critères d'évaluation efficaces et uniformes
afin de juger du bine fondé des motifs qui sont invoqués.
Or, dans le cas où l'employeur ne croit pas la version du
salarié, pourrait-il, par exemple, surveiller celui-ci ? Une
consultation est de mise !
À jour au 1er décembre 2010
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